Chronologie du Manifeste (1848-2020) – un genre & des actes face à l’histoire

Nous voulons conquérir la liberté d’agir et de vivre en nous opposant aux forces sclérosées du passé. Sont des nôtres tous ceux qui expriment spontanément et de façon authentique ce qui les pousse à créer.

Manifeste “Die Brücke” de l’expressionisme allemand (1906)

Ces textes sont politiques, scientifiques ou artistiques tout à la fois. Souvent transversaux, et surtout transgressifs. Dans le ciel de l’Histoire, beaucoup de manifestes ont laissé une trainée ardente encore visible aujourd’hui.

Loin de sembler vaines et poussiéreuses, leurs voix se répondent les unes aux autres. Les étudiants martiniquais se revendiquent de l’écrivain André Breton en 1932, comme les automatistes canadiens en 1948. André Breton, quant à lui, se réfère à Karl Marx en 1924. Qu’on soit artiste, philosophe, partisan politique ou étudiant, la perspective humaniste de ce genre brouille les pistes. Mieux, elle fait converger les causes et leur redonne du sens. Elle nous rappelle que le mépris de quelques puissants envers le plus grand nombre participe du même processus d’extinction du vivant, de colonisation des espaces habitables, de stérilisation des esprits. Notons qu’aux origines de la langue française, Joachim Du Bellay défendait en 1549, l’abandon des langues anciennes (grec et latin) dans un manifeste qui est devenu celui des auteurs de la Pléiade.

Ces manifestes peuvent-ils encore nous éclairer dans le climat des insurrections montantes ? Alors que se multiplient les publications du genre, on peut penser que le terme de “manifeste” est galvaudé. Suffit-il de donner à un texte le nom de “manifeste ” pour qu’il soit auréolé de courage ? On peut aussi se réjouir que cette typologie littéraire donne naissance à un genre foisonnant. Le 23 janvier 2020, Roger Hallam, cofondateur du mouvement Extinction Rébellion, publiait son Manifeste pour le XXIe siècle. Il s’agit de la traduction française de Common Sense For The 21st Century d’abord éditée en 2019. Ce n’est peut-être pas seulement l’inscription d’un genre mais le témoignage que le monde change.  De nombreux autres manifestes sont parus les 10 dernières années, parmi lesquels le Manifeste pour la terre et l’humanisme (2008), de Pierre Rabhi, le Manifeste animaliste (2017) de Corine Pelluchon, Manifeste pour une agriculture durable (2017) de Lydia et Claude Bourguignon.

La chronologie suivante propose de faire le tour de quelques-uns d’entre eux reconnus comme des classiques du genre ou des perles littéraires.

18481906192419291932193519481960196119692008201020172019


Manifeste du parti communiste (Londres, 1848)

Rédigé par Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1895), cet opus jette les bases du  communisme moderne. Il n’a pas rencontré une notoriété immédiate. Dans la traduction de Charles Andler en 1901, il s’ouvre sur cette assertion mythique : “L’Europe est hantée par un spectre, le spectre du communisme”.

 

Manifeste des expressionnistes allemands (Dresde, 1906)

Ce manifeste a été rédigé par le groupe d’expressionnistes allemands Die Brücke (“Le Pont”), comptant notamment : Ernst Ludwig Kirchner (1880-1938), Erich Heckel (1883-1970), Fritz Bleyl (1880-1966), Karl Schmidt-Rottluff (1884-1976). Très court, il est initialement présenté sur une gravure de Kirchner.

 

Manifeste(s) du surréalisme (Paris, 1924 et 1929)

L’écrivain André Breton (1896-1966) a d’abord rédigé un premier manifeste (1924) en introduction à son ouvrage Poisson soluble puis un second manifeste (1929) publié dans la revue La Révolution surréaliste. Ils ont influencé les auteurs de la négritude ainsi que les automatistes dans leur Manifeste pour un refus global.

 

Manifeste des étudiants antillais (Paris, 1932) :

Autrement nommé “Légitime défense” ; il est connexe du manifeste de la négritude (1935). Il se réfère explicitement aux deux manifestes d’André Breton (1924 et 1929) et se réclame du matérialisme de Karl Marx. Une version PDF est disponible en ligne grâce à l’Université de Pelotas au Brésil.

 

Manifeste de la négritude (Paris, 1935)

Correspond à un article rédigé par Aimé Césaire (1913-2008) dans la revue L’Étudiant Noir. Ce texte serait à l’origine du mouvement de la négritude (voir notre abécédaire des mouvements litt.). L’établissement de sa version orginale ne fait pas l’unanimité des chercheurs.

 

Manifeste du Refus global (Montréal, 1948)

Manifeste cosigné par plusieurs artistes et écrivains associés au mouvement des automatistes. Ils rejettent le conservatisme de l’époque, appelant à la créativité et un changement sur un fond d’humanisme. La Bibliothèque électronique du Québec en a édité une version électronique en PDF.

 

Manifeste de l’Internationale situationniste (Paris, 1960)

À l’origine d’un groupe d’artistes militants et révolutionnaires – parmi lesquels Raoul Vaneigem (1934) et Guy Debord (1931-1994). Ils ont coordonné la revue de L’Internationale situationniste. Le manifeste de l’IS proclame la volonté de dépasser l’avant-garde artistique jugée insuffisante pour répondre à l’oppression de la société qui asservit la force humaine par le travail.

 

Manifeste Fluxus (New-York, 1961)

À l’initiative de l’artiste, éditeur et galeriste George Maciunas (1931-1978), c’est le manifeste du groupe Fluxus. Il se caractérise par ses positions anti-art et fait appel à des disciplines artistiques variées.

 

Manifeste Art Workers Coalition (New-York, 1969)

Il s’agit d’un ensemble de revendications politiques rédigé par une coalition comptant notamment : Carl Andre (1935), Denis Oppenheim (1938-2011), Hans Haacke (1936-) et Robert Morris (1931-2018). Leurs revendications concernent la représentation inégale des femmes et des groupes ethniques dans les musées et affichent un positionnement sur la guerre du Vietnam.

 


Manifeste pour la terre et l’humanisme (Paris, 2008)

Son titre complet est Manifeste pour la terre et l’humanisme : pour une insurrection des consciences. Il s’agit de l’un des essais de Pierre Rabhi, un ouvrage best-seller qui défend un mode de vie éthique, plus soucieux de l’écologie.

 


Manifeste des humanités numériques (Paris, 2010)

Rédigé par un consortium international de chercheurs, le manifeste des humanités numériques planifie de croiser les disciplines grâce aux outils numériques afin de faire progresser la recherche en dépassant les catégories et les présupposés. Il se positionne en faveur de la diffusion des savoirs dans une perspective humaniste et globalisante.

 

Manifeste animaliste (Paris, 2017)

C’est le titre d’un ouvrage rédigé par Corine Pelluchon, philosophe, à propos de la cause animale. Au-delà du problème de la maltraitance animale, Corine Pelluchon montre le dysfonctionnement de la société et la nécessité de prendre des mesures politiques.

 

Féminisme pour les 99% : un manifeste (Londres, 2019)

Un ouvrage écrit par Cinzia Arruzza, Tithi Bhattacharya et Nancy Fraser. Les auteures conceptualisent un féminisme du plus grand nombre, compris dans un même système de luttes écologiques, politiques, anticapitalistes.

 

Manifeste du XXIe siècle (Londres, 2019)

Ce texte est paru en français en janvier 2020 ; il est disponible dans sa version anglaise depuis 2019. C’est un manifeste rédigé par Roger Hallam,  figure militante britannique, cofondateur de l’organisation Extinction Rébellion. Le manifeste engage à une rébellion internationale non-violente face à l’inaction des gouvernements devant le désastre climatique.

 

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Proposé par © Nouveaux documents
/ Le 05/12/2019.